LE DICO DU TEAM - LES DEFINITIONS DE LA COURSE À PIED PAR LES MEMBRES DU TEAM
Entre coureurs, on parle de course à pied avant, après, tout le temps, par tous les temps. Tout est prétexte à expliquer, justifier, questionner, examiner une séance, une course, des moments d'efforts. Et si on ne parle pas de course à pied, on court ! On ne s'arrête jamais. La course à pied est comme une double conscience qui fait souvent autorité tout au long de la journée. Et si... pourquoi ne pas faire ceci, cela...et si jamais... la course à pied nous met en équation permanente. Le coureur est un conteur d'histoires, c'est un rêveur éveillé. Au Team, on a une ambition simple : rendre aux coureurs le pouvoir de leur imagination, de leurs pensées par l'écriture, des images, des vidéos. Comme le dit mon ami Cabadet, alors que les paroles et les songes s'envolent, les écrits restent. Quand on a comprit cela, l'horizon est infini comme celui que nous livre la course à pied : infinie, la course à pied nous amène dans des moments qui se recommencent sans cesse, mais qui contiennent en eux l'originalité de chacun d'entre nous. C'est pourquoi le Team sur l'idée de Serge Roure, va développer le dico du Team.Serge Roure, au Team depuis février 2010, coureur et philosophe a donc eu cette merveilleuse idée de développer ce projet. Ce dictionnaire s'adresse à tous et peut recevoir les définitions de chacun. Vous avez un mot qui vous fait tourner la tête : décrivez-nous comment vous interpréter ce mot, il paraîtra dans le dico du Team. De A à Z évidemment, chaque entrée de définition, à la manière de chacun, permettra d'écrire tout ce que nous vivons en course à pied. Sans prétention, ce dico est un point de rencontre pour toutes et tous. Le Team Athletic Aix-en-Provence souhaite au maximum permettre ce genre d'échange. Parce qu'il n'y a pas que la course à pied dans la vie, il y a la vie après la course à pied. Et dans cette vie là, il reste tout ce qui permet de mettre en forme, d'ordonner ce que nous vivons dans tous les domaines. Ce dico a donc pour fonction de garder en mémoire les impressions de chacun. Pour chacun d'entre vous, les mots peuvent avoir des sensibilités différentes. Avec le dico du Team, la meilleure manière de partager cela est de l'écrire. Et comme je sais que le temps de chacun est précieux, la définition d'un mot ne nécessite pas forcément un long discours. Vous avez donc toute la liberté de vous exprimer selon vos latitudes, votre vécu....Bref, développé, court : ce qui compte c'est votre définition. (M.L)
Arrivée : l'entrée "arrivée" est paradoxale au départ d'un projet de dico-philo de la course à pied. Elle est un commencement par la fin. Toutefois, le hasard alphabétique fait bien les choses car l'arrivée est toujours paradoxale pour le coureur. En effet, elle est cette ligne que chacun s'efforce de franchir le plus vite possible, pour faire un temps et mettre un terme à la souffrance de l'effort mais, sitôt franchie, elle l'est en un sens trop tôt : jusqu'à son franchissement, le coureur était tourné vers un avenir porteur de promesses ; après, il est tourné vers un passé certes tout proche mais bien révolu ; et même si le chrono est à la hauteur des espérances, même s'il est temps de savourer la performance, il faut bien admettre que les choses ne sont plus ce qu'elles étaient, que le réel a perdu de son intensité, de sa réalité... En fait, les effets de la dopamine s'atténuant, un épisode dépressif - même minime - est à craindre. En un mot, l'arrivée est passage à vide, passage au vide, un vide vers lequel chacun s'est précipité... Forçons le paradoxe, le vide est d'autant plus béant que le but a été rêvé et atteint avec succès. Plus je gagne, plus je perds en gagnant. Noah a souvent parlé de ses envies suicidaires après sa victoire à Roland-Garros et l'on trouverait sans peine des témoignages équivalents parmi les coureurs d'élite. Pas de quoi désespérer pour autant... C'est même l'inverse qui s'impose... Il faut de nouveau espérer ; ce que d'ailleurs chacun fait dès lors qu'il se fixe de nouveaux objectifs, un nouveau record personnel ou une nouvelle distance... Chacun s'efforce de remplir le vide nouvellement apparu. Au final, "à l'arrivée", une réflexion sur l'arrivée d'une course nous montre que l'important n'est pas l'objet du désir mais le désir lui-même, pas le record sur la ligne mais la préparation du record, pas la "prise", pour citer Pascal, mais la "chasse". Rousseau aussi, adepte non de courses mais de promenades et de rêveries, l'avait compris : "On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux".
Définition rédigée par Serge Roure (12/2010)
ASICS par Serge Roure
Un dictionnaire sert normalement à donner le sens des mots. L'entrée "Asics" va plutôt nous permettre de montrer le non-sens d'un mot, en l'occurrence d'un acronyme. Elle nous permettra aussi et surtout de préciser un postulat auquel pourrait adhérer tout coureur. Asics est un "concept" du marketing sportif qui résume la pseudo-locution latine "anima sana in corpore sano". En français : "une âme saine dans un corps sain". Cette locution et son acronyme Asics sont dérivés d'une véritable locution antique, celle du poète Juvenal, "mens sana in corpore sano", qui désigne un esprit sain dans un corps sain. L'équipementier japonais qui a substitué l"anima" au "mens" a évidemment obéi à des motifs phonétiques et mercantiles, Asics sonnant mieux que Msics. Mais l'oubli de l'esprit au profit de l'âme pose un problème qui, bien qu'anecdotique ici, n'en est pas moins philosophique. Pour bien le comprendre, il faut préciser en quel sens s'emploie l'expression de Juvenal et est censée s'employer celle des publicitaires d'Asics.
Pour Juvenal comme pour ses plagiaires, il ne s'agit pas seulement de constater la santé simultanée d'un esprit, ou d'une âme, et d'un corps, phénomène qui pourrait être le fruit du hasard, mais plutôt d'affirmer les vertus de l'activité physique sur le corps d'abord, sur l'esprit, ou l'âme, ensuite. Et nécessairement. En somme, qui prend soin de ses organes prend soin de ses pensées. Qui, par exemple, chausse ses Asics, ou ses Nike - histoire de rester dans les références de l'Antiquité -, entretient son physique et réduit les risques de troubles psychiques.
Mais les concepts d'âme et d'esprit ne se valent pas, au point que si les effets vertueux du sport sur l'esprit sont envisageables, et même avérés à certains égards, en particulier contre le stress, ils sont impossibles sur l'âme. C'est que l'âme d'un homme, définie comme la totalité de ses pensées, est pour qui y croit une réalité immatérielle, incorruptible, donc immortelle. Pour le dire vite et mal, une telle réalité est métaphysique ; elle ne subit pas les lois du monde physique. En cela, elle ne saurait être ni altérée ni améliorée par l'(in)activité du corps. Celui qui a le souci de son âme peut négliger son corps. Il doit même le négliger, voire l'abimer, selon certains religieux fanatisés. Une âme saine (même ou surtout) dans un corps malsain. Anima sana in corpore malsano. Telle serait une devise cohérente. Toutefois, si l'âme au sens strict n'a que faire du corps, comment comprendre la sensibilité de l'esprit à ce même corps ? Comment se fait-il que la pratique sportive puisse jouer sur le mental ? Il est temps d'expliciter le postulat évoqué plus haut et qui devrait valoir pour tout coureur en quête de mieux-être, donc pour tout coureur : au fond, la santé corporelle peut déterminer la santé mentale si l'esprit, au même titre que le corps, est une réalité matérielle ou, ce qui revient au même, si les pensées s'identifient à l'activité physico-chimique, moléculaire, du cerveau. Dans cette perspective, l'effort prolongé du coureur, producteur de molécules comme les endorphines ou la dopamine, favorise des pensées positives puisque celles-ci sont déjà et seulement moléculaires ; il est normal que je me sente bien quand mon corps fonctionne bien si mon esprit est déjà mon corps. Un corps sain dans un esprit sain, c'est un corps sain. En fait, tout coureur conséquent devrait faire sien le propos tenu au 18e siècle par le philosophe matérialiste Offray de la Mettrie : "L'homme est une machine, et il n'y a dans l'univers qu'une seule substance diversement modifiée".
Définition rédigée par Serge Roure (12/2010)
ATHLETE par Serge Roure
ATHLETE par Serge Roure
L'athlète est un combattant. Et ce dès l'origine. C'est en effet pour préparer la guerre que les anciens Grecs s'affrontaient à la course, aux lancers et aux sauts. D'invention plus récente, le pentathlon est resté fidèle à cet esprit des débuts, notamment avec le tir et l'escrime qui, au sens large, constituent des arts martiaux. Aujourd'hui, si les athlètes en général et les coureurs en particulier ne sont pas des apprentis-guerriers, ils n'en demeurent pas moins des athlètes au sens premier du terme, en perpétuel combat...
À tel point que comprendre l'attachement à notre activité favorite exige le questionnement non de son pourquoi mais de son contre-quoi. Ainsi, le coureur court - au choix et sans exclusivité ni exhaustivité - contre le stress, contre les kilos superflus, contre les excès de la veille, contre la cigarette ou contre l'alcool, contre la montre, contre les autres, contre lui-même, contre la solitude, contre la fatigue ressentie pendant l'effort, contre les crampes, contre vents et marées, contre l'ennui, contre sa pauvreté (telle est en tout cas la motivation étrange mais intéressante de Marco Olmo), contre l'âge, sans parler de ceux qui courent contre la mucovicidose, le cancer ou la pollution. Contre donc.
Mais, dira-t-on, cela vaut pour tous les sportifs. Tous mènent un combat. Certes, et ce n'est pas un hasard si "athlète" et "sportif" sont des termes qui parfois se confondent. Mais il est tentant de considérer que tous les sportifs ne sont pas par essence, et à la différence des athlètes, des combattants ; que certains ne le sont que secondairement, ou accidentellement, malgré eux, et qu'ils sont d'abord et essentiellement des "joueurs" - de foot, de volley, de tennis - ou des "jouisseurs" - surfeurs, véliplanchistes, skieurs et autres snowboarders en quête de sensations, de fun ou de kiff...
À tel point que comprendre l'attachement à notre activité favorite exige le questionnement non de son pourquoi mais de son contre-quoi. Ainsi, le coureur court - au choix et sans exclusivité ni exhaustivité - contre le stress, contre les kilos superflus, contre les excès de la veille, contre la cigarette ou contre l'alcool, contre la montre, contre les autres, contre lui-même, contre la solitude, contre la fatigue ressentie pendant l'effort, contre les crampes, contre vents et marées, contre l'ennui, contre sa pauvreté (telle est en tout cas la motivation étrange mais intéressante de Marco Olmo), contre l'âge, sans parler de ceux qui courent contre la mucovicidose, le cancer ou la pollution. Contre donc.
Si l'on accepte une telle typologie, il reste à se demander pourquoi les athlètes sont autant attachés au combat quand ils pourraient se divertir en privilégiant le jeu ou les sensations plaisantes. Quitte à lutter contre le stress ou la surcharge pondérale, pourquoi ne pas le faire de manière ludique ou hédoniste ? Pourquoi des activités aussi ingrates que le 400 mètres ou le marathon alors qu'un ballon permet de courir en s'amusant ? Pourquoi ces efforts ad nauseam quand une journée de ski permet de brûler des calories sans autre souffrance que celle occasionnée par l'attente au pied des télésièges ? Il faut bien l'admettre, l'athlète en général et le coureur en particulier sont des masochistes. Ils aiment souffrir.
Plus exactement, et comme tout bon masochiste, ils aiment se voir souffrir ; le spectacle de leur résistance à la douleur les grandit à leurs propres yeux. De plus, et toujours à l'instar du bon masochiste, ils aiment leur souffrance parce qu'elle cessera, ils anticipent sa fin et le soulagement qui l'accompagnera, soulagement proportionnel à la douleur ressentie. Finalement, l'athlète est persuadé qu'à vaincre sans péril, il triomphe sans gloire. Pour le dire en termes proustiens, "les œuvres, comme dans les puits artésiens, montent d'autant plus haut que la souffrance a plus creusé le cœur". Définition rédigée par Serge Roure (12/2010)
DÉPART par Clément Payan
"Avant même d'arriver il faut savoir partir. Le départ est tant attendu, appréhendé de nous autres athlètes lors de la préparation des courses ou bien d'une grosse séance. Il est source d'angoisse et de liberté. Sommes-nous suffisamment préparés pour l'objectif fixé? Avons-nous fait tout ce que nous pouvions à l'entraînement? Serons-nous dans un grand jour? Vais-je pouvoir aller au bout de moi-même et réussir une belle course? Autant de questions que nous pouvons nous poser avant d'attaquer le début de la compétition ou de la séance. Pourtant au moment du coup de feu, les questions s'envolent dès les premiers hectomètres, il n'y a plus de temps pour réféléchir; place à l'action. La liberté de courir, de nous exprimer nous est donné. Tant d'heures d'entraînement et de volonté... maintenant rien ne sert de partir trop vite, il faut comme le dit la fable : partir à point dans son allure, confiant de son potentiel. Il en faut du courage tout de même pour se mettre au départ d'une course et savoir qu'on va se faire mal tout en passant peut-être à côté de son objectif. Pourtant la même passion du défi et de l'accomplissement de soi nous animent pour revenir au départ d'une autre compétition et prendre du plaisir à courir." Définition rédigée par Clément Payan (12/2010)