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L'EDITO DU TEAM

14 Novembre 2010

Le grand Ec'Art du capital !

Qu'est-ce qui cette semaine a rappelé qu'un battement d'aile de papillon pouvait encore faire trembler les fondations millénaires à l'autre bout de la planète ? C'est le bilan des deux dernières semaines de vente aux enchères organisées traditionnellement à New York au mois de novembre. Pendant que certains achevaient de compter leurs points retraites, d'autres leurs jours de grève, la "Fashion Art" de New York pouvait sortir heureuse après le défilé de plus de 1,2 milliards de dollars de vente d'oeuvres d'art. Un exemple "tangible" de cette belle semaine : la vente de la "Belle Romaine" d'Amedeo Modigliani pour la somme de 68 miliions d'euros dont la précédente vente en 1999 avait rapporté 16,8 millions de dollars : belle plus-value !

Pendant ce temps, à Séoul, les 20 pays les plus riches de la planète réunis pour le sommet du G20, réfléchissaient, réfléchissaient... Pendant ce temps, je me perdais à me demander ce que valait réellement un Modigliani, un Cézanne. Ma seule réponse est qu'ils n'ont pas de prix, mais combien ? Pendant ce temps, je me demandais ce que coûtait un point de déficit budgétaire quand il pouvait servir à consolider certaines "révolutions naturalistes" comme la sécurité sociale ou ce système néo-impressionniste qu'est le système de retraite. Je me demandais combien valait notre système scolaire "contemporain" et ce qu'il fallait pour le vendre à bon prix. Si notre société, notre monde sont des oeuvres "sociales", combien valent-ils alors? Qui mettrait 1 euro de plus pour assurer 1 euro de plus de richesse partagée. Personne ! pour la bonne raison qu' 1 euro dans un Modigliani rapporte 5 fois plus dix ans après !

Mais il suffirait de la seule démonstration d'un économiste pour expliquer que l'architecture néo-capitaliste moderne est douée de tels mécanismes, qu'en éprouvant toute une gamme d'innovations techniques, d'investissements et de désinvestissements même irrationnels, prend en charge la préservation des fondations d'une société beaucoup mieux que l'investissement public. Que penser alors ?

Cela veut surtout dire que ça ne tourne pas rond : 15 jours de vente aux enchères, 1 milliard de dollars dépensés pour quelques investisseurs bien "particuliers" évidemment. Ce qui est intéressant est que les acheteurs étaient à 45 % nord-américains, 31% européens (avec les russes), et 18% des Emirats du Golfe. En période de crise, l'investissement privé n'a a jamais été aussi puissant et l'investissement public jamais aussi pauvre. Que signifie une crise économique, tout simplement un déséquilibre fort et un écart excessif dans la possession des richesses à un moment donné. L'édition du Monde daté du samedi 13 novembre 2010 précise d'ailleurs que ce milliard représentait 300 ans d'acquisition du Centre Pompidou. Sans aller très loin, l'écart de richesse est colossal.

Que reste-t-il de l'histoire de l'art et de notre culture? une histoire financière ? une recherche du meilleur investissement pour le futur ? Pas tout à fait, la création reste indéterminée tout en préservant son indépendance mais jusqu'où et dans quelles limites ?

Quel est le sens de la culture qui a pour nourriture, l'art comme héritage ?

Pendant ce temps en effet, en Italie, pays qui regorge du plus grand nombre de sites (45) classés par l'Unesco, certains ruines de Pompei ont fini par s'écrouler faute de moyens financiers suffisants. C'est la Maison des gladiateurs et ses fresques qui a cédé le 7 novembre dernier. La réponse du ministère de l'économie face à ce que certains ont qualifié de "crime contre la culture" a déclaré sans détours : "La culture ne se mange pas" signifiant implicitement que les restrictions budgétaires imposées à toute la péninsule ont pour vocation à préserver le pays de la famine ! La réduction du budget dans le secteur de la valorisation culturelle est de 58 millions d'euros pour les deux prochaines années.C'est une des raisons essentielles de l'avabandon du site à Pompei. Notre "cher" Modigliani vaut donc au moins les ruines millénaires de Pompéi !

L'Italie comme tous les pays d'Europe vit des temps difficiles. Mais il y a une constante majeure dans ce déclin politique et économique, c'est la translation de l'investissement de la culture et de l'art non plus par des structures publiques mais par des personnes privées. Ce changement de cap n'est pas forcément stérile bien au contraire, mais il pose la question des priorités à définir pour la sauvegarde de notre patrimoine. La maison des Gladiateurs de Pompei comme un Cézanne, un Modigliani, la santé, les acquis sociaux, la nature, n'ont pas de prix et par conséquent ne peuvent pas être indéxés sur l'autel d'un quelconque profit. Ce milliard à New York condense justement toutes les luttes actuelles de préservation de ce qui est souhaitable pour le plus grand nombre.

André Malraux parlait de l'art comme un "anti-destin", c'est bien de cela dont on parle : ce que l'homme crée d'immuable, il faut savoir le préserver et ne pas mettre en concurrence des oeuvres entre elles au mépris d'en sacrifier certaines ou de les oublier.

La culture ne se mange pas mais en tant qu'héritage commun n'a pas de prix et n'est pas une valeur boursière.

Maxime LOPIZZO

Président du Team Athletic Aix-en-Provence

Sources: Journal Le Monde daté du 13 novembre 2010

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