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30 décembre 2010 - Le Qatar la joue comme Messi- Chronique de Léo della Valle

Bill Clinton et les USA perdent l'organisation de la Coupe du Monde de football 2022
La Chronique de Léo della Valle Jeudi 30 décembre 2010 Le Qatar la joue comme "Messi"...
Chers amis voulant faire du sport en réfléchissant, bonjour. Je voudrai aujourd'hui vous parler d'un des combats les plus célèbres de notre monde, d'un affrontement qui ne finit pas de faire parler de lui et qui, n'en doutons pas, continuera à faire jaser pendant encore quelques millénaires : la lutte de David contre Goliath. C'est suite à la lecture d'un article de P. Boniface, éminent spécialiste des relations internationales et amateur éclairé de football, que m'a pris l'envie de revenir sur cet épisode biblique connu de tous. En effet, ce chercheur comparaît la compétition pour l'obtention de la coupe du monde de football 2022 au face à face entre Goliath (les EU !) et David (le Qatar !). Pour bien comprendre toute la valeur de la comparaison et sa pertinence, revenons sur les faits tels que nous les relate l'Ancien Testament. Il était une fois un peuple, les Hébreux , qui luttait contre un autre peuple, les Philistins, qui avaient l'audace d'être installés sur la terre que Dieu (Yahvé pour les intimes de l'époque) avait promise aux descendants d'Abraham. A l'issue de combats interminables et jamais décisifs, les deux peuples décidèrent de régler définitivement leur contentieux par un combat singulier opposant un « champion » philistin à un « champion » hébreu. Le « champion » philistin se nommait Goliath ; c'était un géant (2, 60 m selon la tradition) puissamment armé, musclé comme Schwarzy et hargneux comme Stalone. Quand il sortit des rangs, inutile de dire que les Hébreux ne se bousculèrent pas au portillon pour se proposer de le combattre. Alors que la plupart des soldats regardaient leurs sandales l'air penaud, David, un jeune et frêle berger, s'avança pour relever le défi. Les Philistins rirent sous cape tandis que les Hébreux, faute de mieux, espérèrent que David fût né sous une bonne étoile. On le sait, l'issue du combat se révéla contraire à tous les pronostics ; les bookmakers de l'époque en furent pour leur frais : David et sa fronde firent merveille ; Goliath tomba, touché entre les deux yeux par un lancer miraculeux.
Bill Clinton circonspect après que le Qatar ait été désigné pays organisateur de la Coupe du Monde 2022
Pour comprendre le sens profond de cet épisode, il faut bien entendu, comme souvent dans la bible, s'attacher à sa portée symbolique. Nul doute que le bras de David avait été guidé par Yahvé qui, à cette occasion, prouvait une nouvelle fois tout le soutien qu'il était capable d'apporter aux Hébreux. Rappelons qu'après les plaies d'Egypte, l'ouverture de la mer rouge, la destruction de Sodome et Gomorrhe et autres peccadilles de cet acabit, la performance qu'il fit accomplir à notre jeune pâtre n'a pas été la plus spectaculaire (Dieu aurait-il eu peur d'un contrôle antidopage ? On ne le saura jamais !). Rappelons aussi qu'aujourd'hui (ironie de l'histoire !) ce sont les Palestiniens qui, de temps à autres, jettent des pierres (on appelle ce « jeu » l'Intifada !) et que ce sont les descendants des Hébreux (= les Israéliens) qui ont revêtu les habits de Goliath avec leur puissante armée Tsahal. Pour l'instant, d'ailleurs, c'est toujours Goliath qui gagne… Bon, cessons de nous égarer telle la brebis insouciante ; laissons un peu de côté notre berger David et revenons à nos moutons : l'obtention de l'organisation de la coupe du monde de football 2022. D'un côté, donc, les EU allias Goliath, 1° puissance politique, économique et culturelle du monde, forte de son savoir-faire en matière d'organisation d'événements sportifs internationaux et de sa capacité à transformer tout spectacle en poule aux œufs d'or. De l'autre côté, le Qatar, petit Etat pétrolier à peine visible sur le planisphère, peuplé d'1,7 million d'habitants, véritable fournaise l'été et qui laisse les supporters face à une question existentielle : les musulmans vendront-ils de la bière ? A priori, le combat était fortement inégal et justifiait la référence au combat de David contre Goliath. Or P. Boniface prêchait pour une victoire du Qatar. Pour ce spécialiste des relations internationales, attribuer la coupe du monde à la petite monarchie pétrolière devait être un signe fort de rapprochement entre le monde arabe et le monde occidental. En bref, la FIFA, une des instances internationales les plus connues, devait apporter la preuve que le choc des civilisations décrit par Huntington opposant monde musulman et monde occidental n'était qu'une représentation dangereuse et réductrice de la complexité des rapports entre les Etats. On est loin du sport, me direz-vous ? Doit on accepter, pour des raisons politiques, que les footballeurs doivent se préparer à jouer à des températures sans doute supérieures à 3O° avec tout ce que cela implique comme gestion de l'effort et impacts sur la qualité du spectacle ? L'attribution finale de l'organisation de la coupe du monde au Qatar montre bien que Sport et politique sont indissociablement liés et ceci depuis belle lurette. L'ignorer relève d'une grande naïveté. Le sport n'est pas une activité déconnectée des réalités de notre monde. Bien au contraire ! Le Qatar recevra la coupe du monde de football en 2022 et sans doute faut-il s'en réjouir. Les sportifs s'adapteront… Comme d'habitude.
Par ailleurs, ce n'est pas si souvent que David gagne contre Goliath !
A bientôt pour une nouvelle chronique !
Léo della Valle © Team Athletic Aix-en-Provence 2009-2011
courriel : leo.dv@teamathleticaixenprovence.com
2 décembre 2010 - Si on parlait du bon vieux temps - Chronique de Leo della Valle
Chers amis voulant faire du sport en réfléchissant, bonjour.
Pour commencer cette série de chroniques, je voudrais m’attaquer à un sujet grave : « le bon vieux temps » du sport. J’entends déjà les objections : quelle audace ? Comment ose-t-il ? Pour qui se prend-il ? Evoquer le « bon vieux temps », c’est vouloir atteindre la pureté originelle, c’est vouloir effacer la corruption de siècles d’actions humaines. Tel Icare, il va se brûler les ailes, sa chute n’en sera que plus vertigineuse, son retour à l’humilité, brutale.
J’ai, certes, eu envie de prendre mes jambes à mon coup, mais je décidai finalement d’affronter le sujet avec courage. A cette fin, j’exhumai des entrailles d’Internet une émission en ligne sur les pratiques sportives au fil des ages. C’était sûr, désormais, je le tenais mon « bon vieux temps ». Parmi les sommités historiennes conviées à cette « table ronde » figurait un spécialiste des « sports » de l’antiquité. Ce preux chevalier (de la table ronde !) allait sans nul doute nous parlait d’un temps que les moins de deux mille ans ne pouvaient pas comprendre, un temps où le sport rimait sans doute avec loyauté envers l’adversaire, désintéressement, dépassement de soi sans recours à la tricherie, refus d’instrumentalisation par tout type de pouvoir…
D’emblée, l’historien exposa son projet : il allait comparer les pratiques sportives actuelles avec celles existant dans l’empire romain. Je me délectai d’avance : face à la pureté des origines, la déliquescence des valeurs sportives actuelles ne pourraient qu’apparaître au grand jour. La prise de conscience promettait d’être douloureuse mais salvatrice.
D’un ton solennel, notre historien commença à dérouler des conclusions issues de plusieurs années de recherche. Surprise ! Partisans du « bon vieux temps », sortez vos mouchoirs !
On apprend tout d’abord que les jeux du cirque consistaient essentiellement dans des épreuves « sportives » (lancers, lutte, courses de char…) : les « chasses » aux animaux et les combats de gladiateurs étaient très minoritaires de même que les sacrifices des chrétiens. Ça, c’était plutôt rassurant sur l’esprit sportif de nos ancêtres. Les choses se gâtèrent quand notre éminent chercheur entreprit une comparaison entre les « sports » de l’empire romain et … l’engouement actuel pour le football.
Comme le football, les jeux antiques avaient un rayonnement international. D’un bout à l’autre de l’empire, les amphithéâtres ne désemplissaient pas. Les capacités du « Circus Maximus » de Rome, 150 000 places, n’avaient rien à envier, bien au contraire, aux plus grands stades actuels. Les superstars de l’époque étaient les conducteurs de chars, professionnels qui percevaient des salaires faramineux, considérés comme scandaleux par certains auteurs grincheux de l’époque. Les « écuries », qui se distinguaient par leur couleur, avaient leurs supporters, chauds comme la braise de Pompéi, qui ne répugnaient pas à se mettre quelques baffes à l’occasion. Ces « écuries » étaient financées par de grands hommes politiques qui pouvaient évaluer leur popularité en fonction des encouragements qui étaient adressés à leur équipe. En bref, B. Tapie et S. Berlusconi auraient été parfaitement à l’ aise dans la Rome antique…
Sport spectacle, star système, violences, étroites imbrications avec la politique… « Le bon vieux temps » n’est finalement plus ce qu’il était !
Léo della Valle © Team Athletic Aix-en-Provence 2009-2011
courriel : leo.dv@teamathleticaixenprovence.com
22 Juillet 2010 - Le faux miroir de la lutte contre le dopage - Maxime Lopizzo

La croyance en une ère nouvelle
Ces 20 dernières années seront sans doute une période charnière dans l’histoire du sport spectacle et du sport tout court. La chute du mur de Berlin, la planétarisation de l’information à travers les canaux satellitaires et internet ont permis à l’actualité sportive de devenir la chose la mieux partagée à travers le monde. La fin d’un monde bipolaire a laissé triompher le monde supposé de la transparence et de la démocratie sur celui révélé de la privation des droits et du mensonge.L’événement sportif a donc pu consacrer une réunification pacifique de tous les pays avec pour fil conducteur, cette idée enfin réalisée que le sport appartient aux sportifs et à l’éthique sportive et non aux Etats, nations, ou autres groupes intermédiaires. Aussi, toutes les pratiques pernicieuses comme le dopage allait par définition disparaître ou fortement diminuer, battues par l’avénement d’une démocratie planétaire imposant éthique et transparence dans tous les domaines.
Le principe d’une lutte contre le dopage pouvait donc sincèrement s’appuyer sur ce tournant historique : fin des deux blocs, fin des mensonges, fin de l’obscurantisme politique et idélogique laisseront place au triomphe de la vérité absolue et de la démocratie totale aboutissant à une voie inédite : celle d’une naturalisation absolue de la pratique sportive dont le prodige est l’homme-volonté-vérité. Or le sport de haut niveau et le dopage vont continuer à vivre ensemble et s’épanouir sous la puissance aveuglante des projecteurs médiatiques et de l’arbitrage ponctuel des organismes de lutte contre le dopage. L’épisode Ben Johnson des Jeux de Séoul en 1988 universalisé à son maximum marquait la fin des dérives. Inventorié dans la pensée unique planétaire comme le bouc émissaire de toutes les déviances, il prouvait que le dopage ne concernait que des brebis égarées ou des athlètes mimant ceux des régimes autoritaires. Dans un monde libre et authentique, le sport comme l’économie enfin émancipés se retrouvaient ainsi autour des principes fondamentalistes communs de la « concurrence pure et parfaite ». Et comme par enchantement, le sport et l’économie devenaient les partenaires du développement social. Et comme par enchantement si dans l’ordre naturel des hommes, il n’y a pas de corruption, dans le sport, il n’y a pas de dopage, le sport est « pur ». La croyance en une virginité originelle de l’homme se revivifiait dans l’orbite d’un ordre nouveau. Et pourtant en 1998, l’Affaire Festina réinvestissait le dopage dans l’arène médiatique et le pauvre Virenque pouvait incarner à lui tout seul le dopage dans le cyclisme…et Marion Jones plus tard perdra tout son génie dans l’affaire Balco. Entre temps, pendant des années, les sprinteurs américains défiaient le monde entier, vainqueurs évidents de la lutte pour le muscle parce que les USA le « valaient bien » et leur suprématie ne méritait aucune contestation. Terres d’élus et de super héros, qui n’y a pas cru ? Et comme dans tout système, il y a des corrections à faire, des dépoussiérages. Il faut donc ponctuellement chasser les mauvais élèves pour maintenir l’équilibre. Mais qui pouvait penser que nos sportifs pouvaient se doper ? les cyclistes à la rigueur, mais les autres et tous les autres ? les foot, le tennis, le golf…. Et si le dopage avait toujours existé, tout simplement, exprimant une consanguinité viscérale avec le sport de haut niveau, son seul probème résidant dans une utilisation nocive de tel ou tel produit. Mais il est évident que tout le monde le soupçonne, le devine, se pose des questions mais la force d’un système est de produire une pensée globale qui déconstruit les pensées indépendantes et de manière extrême la vérité.
La protection d’un système dans sa globalité impose l’autorité d’une pensée unique qui émousse les critiques même les plus dures…parce que le sport est plus qu’une simple activité, c’est une économie et une religion, donc un pouvoir et un système d’organisation de la pensée qui impose réflexes et camoufle la vérité dans l’émotion. Son intériorisation dans les masses dont nous sommes est synonyme d’ordre de penser. Et la manière la plus séduisante d'ordonner tout cela est de faire des champions sportifs des exceptions, des saints à part entière. Et pour cela, pas de dopage ! Aussi, le dopage « pêché » par excellence du sportif mérite paradoxalement de survivre dans cette économie politique et symbolique du sport gratifiant l’idée qu’à l’écart des « pêcheurs » la pratique du sport de haut niveau peut s’affranchir de tout dispositif de synthèse car seul l’entraînement et la nudité du sportif peuvent triompher. Le dopage dont une définition définitive reste introuvable ne pouvait qu’être rejeté comme une espèce impure et mal propre d’un système configuré pour générer de la perfection, de la transparence et des conditions égales pour tous à l’accès et à la pratique du sport de haut niveau.
Sport = espace naturalisé synonyme de pureté et virginité, incarnation de la concurrence pure et parfaite. Dopage = Diable absolu = corruption du « bon sauvage », artifice contre-nature de l’homme « nu » et « vierge ». Sport +Medias (Télé, internet, publicités) = église «cathodique »=mobilisateur et régulateur social = contrôle de l’information et mise en récit de l’histoire… Organismes et politiques de lutte contre le dopage= Impuissants, ils servent de caution morale à la représentation idéal d’un sport sans dopage. Le sport doit en effet incarner l’arène de la « concurrence pure et parfaite ». Le dopage n’a pas lieu d’être puisqu’il fausse la concurrence et crée un déficit de confiance et de croyance. L’efficience sacrée du sport de haut niveau en tant que spectacle joue son va-tout dans la garantie d’une pratique épurée. La nouvelle ère économico-sportive mondiale pouvait commencer. La lutte contre le dopage institutionnalisée à l’échelle nationale et internationale symbolisait parfaitement la garantie d’un sport comme cellule à part du corps social-monde : une cellule où l’effort, les résultats, les records ne peuvent être que le fruit de la volonté à géométrie infinie de l’homme et de sa capacité à se dépasser : un merveilleux exemple du commandemant social libéral-moderne ; « quand tu veux tu peux », et le « meilleur l’emporte ». Ce n’est pas par hasard si l’on a vu grandir ces dernières années dans les directives managériales l’idée que les vertus du sport sont parfaites avec l’idée de rentabilité afin de « doper » les bénéfices. Aussi, le déclassement des idélogies dans le monde moderne a laissé vide de croyance l’Occident. La nature ayant horreur du vide, le sport a repris le poste de religion planétaire. Si l’on trouve cela au niveau de la starification des acteurs de cinéma, au niveau du sport, la difficulté provient tout simplement que la performance physique réclame une disponibilité du corps permanente…et les trucages sont interdits !
miracle=record
Dans ce mouvement où le sport se voit imprimer une vocation de sainteté et de pacifictaion, le dopage apparaîtrait comme un « diavolus » dans un système très bien rôdé. De plus, comme dans toute église, il faut des miracles, et l’on sait parfaitement que les miracles doivent obéir à des règles strictes. Un miracle dans l’Eglise pour être validé a besoin d’être pur et vrai. Il a besoin d'une certification. Il faut imaginer une rationalisation irrationnelle de l'irrationnel. Cette pureté et cette vérité révèlent en fait la présence divine. Il ne peut y avoir d’artifice dans un miracle, toute aide extérieure qui pourrait aider à la réalisation de l’événement. Il en est de même dans le sport : le record, la performance doivent consacrer l’aboutissement de l’homme dans l’effort, un point c’est tout. La performance ne peut pas être rationnalisée. Il y a un besoin d’inexplicable, de mystérieux et de fascination, du divin dans le miracle comme dans la performance. Le record, c'est un miracle ! Le dopage invaliderait donc toute performance puisqu’il détermine rationnellement la pratique du sport de haut niveau. C'est un moyen qui casse la nature de l'homme dans l'effort et lui enlève son authenticité. Et dans une société entièrement corrigée par des artifices conceptuels et matériels comme la drogue, la corruption, la désinformation, la manipulation, il faut bien un « sas » de purification ou de catharsis sociale. Et le sport de haut niveau à sa façon, par sa médiatisation planétaire, par sa ritualisation, par son enracinement au plus profond des consciences quotidiennes admet des fonctions éminentes de sociabilisation et de pacification. Il offre même un échappatoire aux difficultés quotidiennes de ses fidèles. Opium, empêcheur de s’occuper des réalités tangibles, le sport est incontournable et par conséquent se doit d’incarner de la manière la plus certaine une attitude et des comportements authentiques pour être un « modèle » La réserve que l’on doit poser immédiatement est de se demander si la pratique du sport à outrance ne suppose pas par essence une panoplie d’artifices qui soulage les souffrances inhérentes à tout excès. Sauf que le sport dans sa fonction sociale planétaire ne peut se l’avouer à lui-même et à ses fidèles. La lutte contre le dopage a donc une fonction d’écran moral. La bonne morale sociale veut que le sportif incarne l’être pur, un « bon sauvage », une magnification de l’innocence dans un monde profane, un éblouissement pour les fidèles « corrompus ». La chasse aux sorcières contre les dopés est toujours suivis d’actes d’accusation des plus grossiers. Le sportif passe du rang de dieu au rang de sous-homme, de coupable éternel, de faible, de médiocre...La fonction de purification joue à merveille. Celui-ci est dopé, les autres sont « propres ». Non, la vérité, c’est que le sport de haut niveau comme n’importe quelle dimension de l’existence où l’homme est amené à se dépasser réclame un aménagement de sa condition physique. Si ce n’est pas le repos, c’est donc bien d’autres artifices que réclament un corps quel qu’il soit. Rocky l’homme-volonté contre le Russe hyper-dopé est un clivage dépassé et au passage une beau « trompe l’œil ». Le miracle et la performance sportive vivent de ce fait dans la même crainte de perdre leur virginité.
En bref, le sportif dans la société moderne omniprésent dans les médias est un « génie catholique-cathodique », il est un modèle d’universalisme. Sauf que dans le sport, les miracles ont l’obligation d’apparaître régulièrement. Et pour cela, sans dopage, sans accompagnement médical, sans assistance, sans artifice, point de salut ! et pourtant, on veut toujours faire croire à cette lutte interminable entre les purs et les impurs, les bons et les mauvais, Armstrong et les autres, entre la vérité et le mensonge…Si autrefois, on luttait contre le mensonge d’Etat, aujourd’hui la collusion entre médiatisation et sponsoring a de loin offert un nouveau piédestal en sous-main à la pratique dopante. Mais loin d’être les seuls responsables, c’est le sport de haut niveau en tant que tel et l’activité à outrance de ses hommes et femmes qui est à remettre en cause. La lutte contre le dopage se pose donc bien plus comme un écran moral et régulateur social que comme une arme de prévention sanitaire par exemple. La problématique beaucoup plus lourde est celle de l’arrêt ou non pur et simple de la pratique du sport de haut niveau ou tout simplement l’acceptation que le « dopage » comme moyen permettant de configurer une pratique sportive intensive-quotidienne est tout simplement requis et ne peut être éludé. Il en va tout simplement d’un atterrissage en douceur pour le commun des mortels que nous sommes. Et jusqu’à présent les sportifs de haut niveau même les plus "propres" n’ont jamais eu la longueur de vie de leurs exploits. Paradoxalement, lutter contre le dopage est le meilleur moyen d'y contribuer puisque de toute manière il est inévitable. Faire croire que le sport de haut niveau peut se faire sans dopage est pire encore puisque ce discours fait perdurer une dialectique fatale qui finira bien par tout écraser sur son passage. Ainsi, le dopage ne doit pas forcément être considéré comme antinomique avec la pratique du sport. Impur pour les uns, arme artificiel, maquillant la nature profonde de l'homme pour d'autres, en estimant la pesanteur symbolique de la représentation et des significations sociales du dopage dans le sport, on parvient rapidement à sortir d'une lecture à sens unique.
C’est tout l’enjeu de cet article qui ne remet pas en cause la lutte contre le dopage mais au contraire alerte sur les contradictions qui pèsent sur les représentations que l’on se fait du sport de haut niveau et du dopage à travers cette lutte. L’exigence de pureté, d'authenticité, de "naturel" dans toute circonstance est souvent la manière la plus pernicieuse d’y procéder avec le plus de sophistication possible. Si le sport connaît différents niveaux de diffusion et de répétition, il est possible d’imaginer un dopage à deux ou trois vitesses. Un dopage garantissant la santé de certains athlètes minutieusement contrôlés, un dopage sauvage pour d’autres ou encore l’absence de dopage pour les derniers qui les priverait du plus haut niveau. C’est peut-être ce qui s’est toujours déroulé sous nos yeux.
Les déclarartions de Bode Miller reprises sur le site de L’Equipe.fr (1) sont provocantes mais en disent un peu sur le sujet : «Mon argument, c'est que je trouve très hypocrite qu'un produit puisse être acheté par n'importe qui, mais pas par un athlète. Mon point de vue, c'est que s'il est utilisé de manière adéquate, supervisé par un médecin ou sous l'autorité de la recherche scientifique, même un médicament comme l'EPO peut trouver un équilibre dans son emploi. Parce qu'ils sont suscpetibles d'aider l'athlète à éviter les blessures et, surtout, les séquelles des blessures» (…) «L'EPO et les hormones de croissance sont, par exemple, des produits auxquels le, public a accès, qui ne sont pas illégaux comme la marijuana et la cocaïne. Je ne comprends pas les instances de la lutte antidopage qui disent qu'elles veulent rendre les choses équitables, car le sport n'est, par essence, pas un terrain de jeu équitable. Rien n'est équitable. Il y en a qui ont un meilleur matériel, d'autres de meilleures méthodes d'entraînement, d'autres de meilleurs coaches, d'autres de plus gros moyens. Il y a tout un tas de trucs qui ne sont pas équitables. C'est même le coeur de la compétition : l'un gagne, les autres perdent. Si vous voulez rendre les choses équitables, alors tout doit devenir légal .» Il faut comprendre cependant que les sportifs ne sont pas tous dopés mais le dopage est inévitable.
Le dopage fait partie d’un moment de la vie de l’athlète dans une carrière de haut niveau. A chaque fois qu'un athlète est considéré comme dopé, on ne retient que sa culpabilité et non le procesus du dopage. On ne prend pas en compte ce qui est nécessaire comme charge de travail pour un athlète afin d'être disponible toute une saison. L'événement sportif dissout en effet le temps du travail au profit de la distraction télévisuelle, du seul instant de la performance. De sorte qu'au moment des grandes compétitions, les craintes de dopage servent d'écran de purification introductif et puis se dissipent sur l’autel de l’exploit. La victoire semble toujours facile pour le grand public. Les médias chargent l'athlète du poids de l'héroïsme : ils sont exceptionnels, ils sont une vie d'ascète, de sont des sages ! Sans parler de dopage, on a pu constater que tous les joueurs de l'Equipe de France de Football n'étaient pas tous des diplomates en costume. Cela a presque réussi mais il ne fallait pas les interviewer ! La scène sportive transforme tout en or ! Et puis... dès que la compétition est terminée, on range tout pour la prochaine fois. Et nous avons tous ce que nous désirons : que le spectacle ne s’arrête jamais. Et pourtant, et pourtant, la dure loi du sport, est qu’il faut s’avoir s’arrêter. Mais à cet instant, qui est prêt à cela ? les autorités qui sont en lutte contre le dopage? les Etats grands protecteurs de leurs champions? les sponsors ? ils vont dire qu'ils ont des contrats signés et qu'ils ne sont responsables de rien ! Il faut négocier avec les télévisions? il faut alors trouver un autre programme; le spectateur ? il lui faut une nouvelle drogue. Le cercle est vicieux, très vicieux et nous collaborons à ce que nous voyons. C’est pour cela que les grands déballages sur le dopage ne sont qu’épisodiques car le spectacle doit continuer.
Par-delà fric et moral, par-delà ordre et représentation, est-il possible d’aller au-delà justement ? A partir de là, la déflagration symbolique de l’affirmation définitive que le sport de haut niveau n’existe pas sans dopage pourrait avoir des répercussions économiques, sociales et symboliques importantes. C’est bien là que l'ensemble des actions de lutte contre le dopage orchestrent parfaitement la croyance en ce que le sport de haut niveau peut demeurer un ilôt de pureté dans un monde profane, sinon, le mystère et le miracle n’auraient plus lieu d’être tout autant que la foi en la volonté de l’homme. Le sport de haut niveau à la fois spectacle et opium, commande l’enjeu de milliards de fidèles. Il est donc toujours important qu’il y ait toujours des « dopés », des « impurs » à stigmatiser pour conserver au sport de haut niveau sa dimension purifiante et transcendante. Et je regarde toujours avec admiration le Tour de France qui chaque année renaît de ses cendres les plus ardentes. J'écoute, sublimé, les commentaires des journalistes tous doués machinalement d'une naïveté infinie. Je revois les faits marquants des tours passés, historicisés, sanctifiés, où le dopage doucement murmuré prend une place consentie auprès du héros. L'esthétique de la compétition, les frissons de l'effort, me font tout oublier et je regarde, captivé, un peloton de dieux créés à mon image.
1- http://www.lequipe.fr/Ski/20051021_125617Dev.html
Courriel : team_athletic.aixenprovence@yahoo.fr Maxime Lopizzo © Team Athletic Aix-en-Provence- Juillet 2010
10 février 2010 - A quoi sert de courir ?
- Maxime Lopizzo
A quoi sert de courir ?
En posant cette question, je sais par avance que certains vont la trouver presque inutile ou trop imprudente puisqu’elle nous fait entrer dans des avis que l’on pense dictés par trop d’évidences ou de subjectivité. Or, le mérite d’une question repose déjà dans son propre questionnement. C’est pour cela que je ne vais pas me priver de développer cette question là. Sans prétendre y répondre totalement, je vais essayer d’ouvrir des pistes qui permettront à d’autres de continuer la réflexion.
Se demander pourquoi l’on court peut il est vrai nous faire tourner en rond. Peut-être que se demander « Que signifie courir ? » peut déjà éclaircir mes propos. Le but de ma chronique est simple. Il n’est pas de trouver des réponses mais il est de me frayer un chemin entre d’une part, ceux qui voient les coureurs que nous sommes tels des illuminés à moitié dépressif et les coureurs eux-mêmes qui n’osent pas en discuter. Mais en espérant me tromper, je suis sûr que vous êtes déjà nombreux à en discuter et que vous enrichirez ma démarche.
Un feu sacré
Pour commencer, une chose évidente commune à tout coureur : celle du bien être que l’on éprouve en courant, de mettre son corps en nature, d’activer son cœur. Ces particules de bien être qui montent doucement jusqu’au cerveau, nous les connaissons tous. Lorsque l’on a la possibilité de courir souvent, on se rend compte de leur présence. La répétition d’un effort habitue notre être entier à vivre avec. Et on le remarque d’autant plus quand la blessure empêche la pratique de la course. Ce qui est quotidien et qui peut s’exercer par tous les temps ou presque se présente comme une prière indispensable. Au-delà de tout objectif, le petit footing a tout les traits de la première respiration du matin, du second souffle de la mi-journée ou de la dernière prière du soir. Le manque est dur à remplacer. Pourquoi court-on ? on court donc pour se sentir mieux. Mais court-on pour se sentir mieux de quelque chose ? la réponse est propre à chacun de nous. Ce qui me vient à l’esprit est de toute manière l’appel de la liberté que propose la course à pied. Mais c’est une liberté conditionnée, irrégulière, difficile à gérer.
Et pourtant, on court tout simplement. Mais les choses simples sont parfois dures à répéter. Et lorsque l’on court tous les jours malgré le froid, de fortes chaleurs et un vent qui enrhume, on enchaîne les mois, les saisons et les années, on imprime le rythme de la course sur le temps qui passe, dans notre esprit, sur notre regard. On annexe le calendrier par les courses du week-end, on lie notre mémoire à des résultats qui deviennent des marqueurs indélébiles. La joie de réussir, l’angoisse des mauvais chronos, des jambes lourdes, la maladie viennent composer chacun à leur tour le portrait de la vie du coureur tout au long de ces jours, mois, années. Ce qui semble facile devient soudain une lutte insoutenable. En chacun de nous mûrit cette idée tragique de vouloir tout abandonner et à la fois de toujours tout recommencer. C’est « je t’aime moi non plus » et la course à pied devient le plus terrible des compagnes ou des compagnons. On l’aime, on la déteste, on l’adore, on la jette. Mais tout revient toujours et tout recommence parce qu’en tant que coureur, on a appris que si l’on abandonne pour un jour, on revient toujours. Qui sait dire stop à cela ? personne ; tout cela a-t-il un sens ? pour les non initiés, c’est le non sens ou l’absurde qui prédominent. Il y aurait donc des non initiés. Demander à quelqu’un qui ne court pas si ça lui manque de courir. Je pense forcément qu’il y a des initiés. Courir tous les jours ouvre les portes d’un temple à ceux qui y vont quotidiennement. C’est pourquoi pour nous coureurs, il y a bien quelque chose de plus que le bien être physique et mental que l’on peut ressentir. Le mental, le physique ont pour troisième pilier une mémoire de l’âme. Cela se traduit par l’intériorisation d’un dialogue incessant avec soi-même. La course à pied permet certes de sortir, de rencontrer d’autres coureurs, mais le temps des compétitions, des entraînements, des sorties ne se concilie pas aussi facilement qu’on le pense avec une vie plus commune. Nous avons chacun des caractères différents qui nous conduisent là où on le souhaite mais l’espace intérieur auquel nous invite la course à pied est un passage obligatoire. Son intensité est variable mais demeure prégnant. L’entraînement, la compétition absorbent le temps de vie du coureur et créent un cahier d’obligations. Ils imposent un rythme de vie qui ne sont pas sur le tempo des non pratiquants. Parler de non pratiquant donne une couleur presque religieuse à la course à pied. Il y a de cela. Comme je l’évoquais précédemment, la course au quotidien rappelle en effet qu’elle soit du matin ou du soir une prière. Toute activité qui se répète donne accès à cette impression de sacré. Qui est près à déplacer son entraînement ? Qui est prêt à annuler une séance importante ? Avec la course à pied, on touche de plus à une expression du corps qui ne feint pas l’effort et la douleur. La liberté laisse place à l’obligation sacrée qui se mue pour finir en renaissance du matin ou espoir du lendemain.
Pourquoi cette force de sacré dans la course à pied? parce qu’il n’y a pas beaucoup de sports que l’on peut pratiquer en « amateur » et où l’on s’entraîne comme les « professionnels ». Cela demande un investissement personnel qui est l’équivalent d’une rentrée dans les « ordres », une certaine passion pour la solitude, le dépassement d’une ligne qu’on ne souhaite jamais franchir, toujours repoussée. Quand on court tous les jours, tous les sens sont dirigés vers un objectif unique : courir, courir, courir. Après avoir couru, le monde peut faire ce qu’il veut mais l’inauguration d’une journée passe par la course.
On ne s’approche peut-être pas forcément du pourquoi ou de l’utilité de la course à pied mais au moins ce à quoi elle ressemble. Il y a dans mon regard sur la course à pied l’envie de signifier ce sport qui peut être pratiqué par tous. Du plus haut niveau au niveau le plus élémentaire, le processus physique, mental est identique pour tous.
La course est une oeuvre
Répéter un effort au quotidien apporte donc par accumulation une signification qui épouse le temps. Mais pour durer dans le temps, il ne doit pas y avoir d’interruption. C’est en cela que la course à pied devient cruelle car elle ne laisse pas de traces concrètes à l’exception d’enregistrements vidéos par exemple. Mais combien de coureurs anonymes ont écrit lors d’entraînements ou de carrières abrégées des performances exceptionnelles. Tout autant que chacun d’entre nous avons parfois réalisé des bonnes séances ou bien trouvé des sensations uniques. Mais qui se souvient ? Le temps qui passe attend d’être nourri en permanence. La course à pied n’est pas seule à demander en permanence d’être mise en œuvre. La comparaison que je trouve la plus proche de cette épreuve de répétition est celle de l’art, et plus précisément de l’écriture, de la poésie. Le lien entre poésie, écriture et course propose ici une piste très intéressante. Le travail de l’écrivain et le travail du coureur peuvent sembler aux antipodes. Pourtant, la rude tâche de l’écrivain est de se mettre à l’œuvre quoiqu’il arrive, la rude expérience du coureur est de répéter ses gammes d’entraînements, de connaître parfois la défiance par rapport à ses propres sensations, de connaître le désamour de soi tout comme l’écrivain n’aime pas son style ou déconsidère ce qu’il produit. Or, à la fin, quand l’on revient sur ses pas ou sur ses lignes, l’œuvre accomplie semble toujours à la limite de la réalité. On n’arrive pas à prendre conscience de ce que l’on fait. Tout autant que l’écriture, le style ou la performance s’acquièrent en s’oubliant soi-même. Les lignes écrites, les kilomètres parcourues sont les mêmes veines d’individus-artistes qui pratiquent ce jeu infernal de la remise en question de soi-même au quotidien. Et pour cela, il faut des résultats, de la production, étymologiquement parlant, de la poésie. Car la course à pied tout autant que la poésie et l’art en général produit par sa répétition, son accumulation une œuvre propre à chacun d’entre nous et quelque soit notre niveau. La répétition est la mise en action de l’homme dans le monde. La répétition de séances d’entraînement, de compétition inscrivent les coureurs, les compétiteurs, dans l’espace et le temps. Cette inscription est analogue à l’écriture qui loin de sembler être le produit soudain de l’imagination est un travail quotidien, un entraînement. L’écriture comme la course, c’est se mettre à la tâche. Le plaisir littéraire a besoin pour éclore de s’échauffer comme chez les coureurs. Certains pourraient opposer des prédispostitions individuelles. Certes, mais qui n’écrit pas ne peut pas dire qu’il ne sait pas écrire, qui ne court pas ne peut pas dire qu’il ne sait pas courir. Il faut croiser le « faire » et le « croire » dans toute chose. L’écriture et la course à pied introduisent ainsi l’écrivain et le coureur dans un repère de significations, de sensations qui n’ont d’épaisseur que dans la variation d’un même thème : la répétition d’un même geste. Première foulée, premier mot, il faut toujours commencer, recommencer pour avancer. Il faut même parfois revenir en arrière.
L’instant de l’effort sauvegarde le temps qui passe
Le coureur cherche comme l’écrivain l’inspiration dans l’incarnation répétée de soi-même. C’est une phrase peut-être ampoulée. Mais regardons bien. Courir tous les jours ou régulièrement pendant des années apportent une relation unique avec soi-même et accorde à celui qui en bénéficie une compréhension de la douleur, de l’effort et donc du monde. Haruki Murakami (2), célèbre auteur japonais dans une interview au journal le Monde déclare : « Si je n'avais pas décidé de courir de longues distances, les livres que j'ai écrits auraient été extrêmement différents (3). » Ce témoignage permet idéalement de faire le lien entre écriture et course à pied. Il explore ces lignes invisibles qui s’écrivent dans le silence de l’effort. L’influence de la course à pied sur nos vies est pour chacun une écriture de soi-même. L’expérience de la course à pied incarne aussi un itinéraire de fraternité, vers les autres. Il y a justement une conjugaison d’un egoïsme qui amène vers l’autre. Le coureur traverse la souffrance de l’autre par l’expérimentation de sa propre souffrance. On a tous des compagnons d’entraînement qui sont autant de rivaux que des amis. Mais faut-il encore pouvoir le ressentir, y porter attention et ne pas se laisser gouverner par un penchant pour le narcissisme du coureur.
L’expérience de la course à pied qui transcende l’individu se fait en effet piéger par un excès de fausse humilité ou d’extrême défiance, bien trop humaine. On cherche l’absolu et on se perd en chemin. On admire toujours plus les autres que nous mêmes et personne n’aime à dire qu’il s’aime soi-même. En tant que coureur, on considère toujours que les autres en font plus d’une certaine manière. Généralement, on n’aime pas se relire ni se voir courir. On regarde donc chez les autres. Mais on veut toujours plus en faire. On répète donc en silence, on ajoute, on rature des plans d’entraînement, les jours passent et le miracle se passe : on retrouve une joie que l’on pensait étouffée par la fatigue, on obtient un résultat que l’on croyait complètement périmé et inaccessible. Le sourire revient après une grimace impossible à déguiser. L’inspiration renaît pour l’écrivain de même que pour le coureur le plaisir, l’espoir et la respiration viennent récompenser des mois d’efforts et de concentration. Par l’effort, la répétition, le rythme que l’on imprime chaque jour, la course à pied sert à la production d’une oeuvre. Et tous nous avons des histoires à raconter, des trajectoires personnelles, des découvertes intérieures, des sensations rares, mais aussi des déceptions permanentes qui s’inscrivent dans l’art de se remettre toujours en question. Comme l’écriture, la course à pied appelle sans cesse à une nouvelle justification, à une performance, un effort réactualisés comme pour serrer le temps entre ses mains. Un livre vient d’être achevé, une course vient de se terminer, demain tout recommence dans une impérieuse nécessité. En comprenant notre aventure de coureur comme ce qu’a de plus élevé l’expression artistique en général, on savourera davantage, chacun selon nos personnalités, la saveur de nos efforts et celles des autres. Et au lieu de faire la mauvaise tête, on ne remettra jamais à plus tard la jouissance de l’instant présent, du footing qui sourit et libère, du bon temps, de la performance aussi et avant tout d’une bonne santé. Faire durer ces instants sauvegardent le temps qui passe. En ayant une pensée pour ceux qui connaissent la privation de course à pied à cause de maladies, d’accidents, on aurait tort de ne pas penser la course à pied, à ce qu’elle a de sacré et d’unique. Religieuse, sacrée, la course à pied sert en faisant prince celui qui veut bien la servir.
Et n’est pas prince qui veut.
1 - Du latin poesis (« poésie, art poétique, œuvre poétique »), lui-meme issu du grec ancien πο?ησις, (poíêsis) (« action de faire », « création ») extrait de http://fr.wiktionary.org/wiki/poésie
2 - Haruki murakami, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, Belfond, 2009
3 - Le Monde, daté du 10 avril 2009
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